Le Routard, une espèce en voie de disparition

C'est un fait : s'aventurer hors de notre bonne vieille Europe relève de l'inconscience. A trop vouloir informer, notre ministère des affaires étrangères renforce un sentiment d’insécurité déjà bien entamé par l’actualité et le relais des médias. Je ne nie pas les risques terroristes, politiques et sanitaires de certains pays mais si on devait relater sur un site dédié au tourisme tous les cas d’agressions, de car jacking et de vols en France chaque année, je ne doute pas que le nombre de touristes étrangers venant visiter notre pays diminuerait de façon considérable. Ce qui est certain, c’est que l’année dernière 600 000 touristes français ont renoncé à s’aventurer hors d’Europe. Ainsi l’année dernière en Bolivie, nous avons pu voir quelque chose ressemblant à ceci sur le site du Ministère des Affaires Etrangères : « deux touristes belges agressés au couteau à Desagradable- attention à vos bagages sur le toit des bus risque de vols à Potosi- un cas d’enlèvement signalé dans un taxi à Sucre afin de dépouiller le voyageur dans un endroit isolé ». A l’excitation du départ se rajoutait l’anxiété d’avoir un problème sur place. Résultat à notre arrivée, ma femme me confie qu’elle a un couteau dans la poche et qu’elle se met derrière le chauffeur car dans le cas où il ferait un écart…couic ! (vous ai-je dis que j’ai épousé Rambo ?). Bref au bout de trois, quatre jours à surveiller nos affaires, à éviter de s’éloigner des artères principales, nous nous sommes aperçues que ça craignait bien moins que de prendre le métro à Paris et que nous nous gâchions le plaisir des vacances. Les recommandations aux voyageurs devraient relever du bon sens que nous avons ici : ne pas se balader seul à deux heures du matin dans un quartier craignos avec des bagouzes qui implorent « volez moi ! ». Et voila que ce matin des Italiens en vacances me montrent leur guide du routard local. On peut y lire : « Attention aux abords de Nice, de nombreux touristes Italiens se font agressés chaque année à la sortie d’autoroute, fermez vos portières, ne baissez pas les vitres si une personne vous demande un renseignement – Dans le vieux Nice, portez vos sacs à l’avant afin d’éviter les pick pockets qui découpent le fond de vos sacs au cutter...». Moi je dis on n’est plus en sécurité nulle part ! La vieille image du routard moustachu, t shirt froissé, portant son énorme sac à dos surmonté d'un sac de couchage s'évanouit. Elle laisse place au voyageur rassuré par un hôtel qui lui proposera des plats dits internationaux, des files d'attente où chacun fera la même photo à la queue leu leu, avec un guide francophone ("vous vous rendez compte mme D, au Honduras, les femmes de ménage ne comprennent pas notre langue c'est inadmissible", du vécu au quotidien) ... Vive la découverte, mais surtout ne nous mélangeons pas. A pluche ! Leïa qui s’impatiente à j-3